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On a tous un héros dans son quartier. Un homme ou une femme que l’on respecte, qu’on admire pour sa sagesse et ses actes. Kadia Démé fait partie de ces personnes admirables. Cette femme est seule à la tête d’un restaurant et d’une association d’aide aux enfants et aux personnes handicapées. Portrait d’une femme d’exception.

Rive droite, Badalabougou, une latérite comme une autre. Quoique, celle-ci grouille particulièrement d’enfants. C’est ici que Kadia s’est installée en 2002. Son restaurant fait face aux locaux de l’Association de Soutien aux Handicapés et Enfants Démunis (ASHED) qu’elle a créée. L’un ne va pas sans l’autre, le restaurant permet de financer le fonctionnement de l’orphelinat.

Un défi audacieux que Kadia a su relever haut la main. Avant la récente crise, la fréquentation du restaurant permettait une autonomie financière des deux structures, certains mois Kadia réussissait même à mettre un peu d’argent de côté. Sa clientèle est essentiellement malienne, faite d’habitués qui viennent régulièrement prendre leur pause déjeuner « Chez Kadia » ou bien passent prendre leur plat de riz à emporter. Parmi ses clients, la maîtresse des lieux compte également plusieurs sociétés, associations et ONGs qui lui commandent des repas que son fils livre dans le quartier.

L’orphelinat de son côté a accueilli jusqu’à 37 enfants, mais maintenant que les plus grands sont autonomes il en reste 27, âgés entre 3 mois et 15 ans. La plus jeune et dernière arrivée s’est fait appeler Rosa par Kadia. Du haut de ses 3 mois l’enfant a été retrouvée devant l’une des mosquées du quartier. On l’avait discrètement déposée sur le sol à côté d’un groupe d’aveugles installés là pour demander l’aumône. C’était le 12 janvier dernier. Un vieil aveugle en entendant ses pleurs a appelé autour de lui afin de savoir si la mère ou un parent de ce bébé était aux alentours, mais l’appel fut vain. Alors le vieil homme a emballé l’enfant dans un tissu et le signala à l’Imam de cette mosquée. Le lendemain matin, l’enfant était déposé chez Kadia qui lui donna un prénom mais surtout un toit et une nouvelle famille. Ici, comme dans toutes les familles, les plus grands s’occupent des plus jeunes. Ainsi Rosa a 26 grands frères et sœurs pour veiller sur elle. Ceux qui en ont l’âge vont à l’école, d’autres, plus grands encore, sont en apprentissage, mais tous ont souhaité rester auprès de Kadia pour l’aider à faire tourner la boutique. Et tous les bras sont les bienvenus, ici le travail ne manque pas.

Aujourd’hui, lorsqu’on lui demande ce qui l’a mise sur ce chemin atypique, Kadia répond : « C’est la volonté de Dieu, c’était mon destin. Depuis toujours, où que je sois, je suis entourée d’enfants ».

Kadia est originaire de la région de San, au nord du Mali, mais a grandi chez son oncle à Bouaké en Côte d’Ivoire. Elle y vendait du charbon, des beignets, mais aussi de la barbe à papa pour une société libanaise. De son mariage avec un Ivoirien elle a eu deux enfants. Un mariage douloureux et violent auquel elle est parvenue à mettre un terme en obtenant le divorce en 1997. Au décès de son oncle, elle rentre s’installer au Mali et devient rapidement gargotière à Bamako.

Associée avec une amie, Kadia a donc installé sa table au bord du goudron bamakois pour vendre des haricots, du poisson, et des plats de riz. Déjà à cette période les enfants des rues, les talibés et les personnes handicapées attirés par sa bonté, venaient passer du temps auprès d’elle. Chaque jour elle se débrouillait pour leur laisser un plat en réserve.

« Déjà je savais qu’il fallait trouver une solution pour ces enfants. Mon fond de roulement n’était que de 4.000 Fcfa par jour, ça ne me permettait pas de nourrir toutes ces bouches. Et puis mon amie est décédée et j’ai pris ma décision ». En 2001, la partenaire et amie de Kadia est morte en couche. Femme seule également, elle laissait six enfants orphelins derrière elle. Kadia pris les 5 plus grands sous son aile et confia le nouveau né à une famille. De là est née sa décision de créer une structure pour accueillir les enfants dans le besoin. A force de démarches, mais aussi grâce au soutien de donateurs, ASHED et le restaurant « Chez Kadia » ont pu, jusqu’à lors, fonctionner et permettre à 37 enfants de vivre dans un environnement adapté à leurs besoins.

Mais depuis le récent coup d’Etat, les chaises du restaurant restent bien souvent vides. Avant cela il était possible de venir y manger le midi comme le soir, à présent Kadia n’ouvre ses portes que le midi. Les livraisons dans les différents services alentours sont également devenues rares. L’argent manque et le loyer de l’orphelinat devient difficile à payer. Kadia est très inquiète pour l’avenir des enfants. Si elle ne se laisse pas décourager, elle sait que les prochains mois vont être difficiles, les donateurs sont partis pour la plupart et elle doit trouver des solutions pour s’organiser autrement.

            Portrait de Kadia réalisé par jinks kunst  à Bamako

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